Est-ce possible de vivre dans une maison 100% autonome ?

De plus en plus de personnes en France s'intéressent à l'habitat autonome. Ainsi, selon les derniers chiffres de l'ADEME, 68 % des Français seraient ainsi prêts à payer un peu plus cher pour produire leur propre électricité, et 31 % d'entre eux souhaiteraient même devenir totalement autonome.

Si sur le papier le concept d’habitation autonome séduit de plus en plus, notamment face à l’augmentation du prix de l’énergie et de l’eau, il reste encore assez flou pour certains personnes. Souvent fantasmée et vue comme une solution idéale pour s’afranchir des fournisseurs traditionnels et faire un pas de plus en faveur de l’environnement, la question est en réalité beaucoup plus complexe ! Nous allons essayer dans cet article de vous expliquer les enjeux derrière le rêve de cevenir autonome, et de déconstruire au passage certains mythes !

Commençons d’abord par une petite définition : qu’est-ce qu’une maison autonome (en énergie) ?

Avoir une maison autonome en énergie signifie que la maison est équipée de dispositifs pour produire suffisamment d’énergie pour couvrir une partie ou la totalité des besoins du foyer au quotidien. Cela est possible par exemple d’un point de vue énergétique avec une installation solaire destinée à l’autoconsommation, ou encore une éolienne. Il en est de même pour l’autonomie en eau avec la pose d’un récupérateur d’eau.

Il est en réalité très rare de trouver des maisons totalement autonomes. Cela concerne en réalité principalement des maisons situées en site isolé, c’est à dire qu’il n’est pas possible de les raccorder car les réseaux publics sont situés trop loin, où que l’extension de réseau serait trop coûteuse.

Est-il possible d’être autonome en electricité et en eau à la fois ?

Oui a priori, l’autonomie en électricité et en eau sont compatibles, puisque qu’elles font appel à des dispositifs bien distincts qui peuvent être utilisés simultanément.

Grâce à la diminution du prix d’une installation solaire, il est très facile de pratiquer l’auto-consommation et d’avoir une maison partiellement autonome en énergie. On peut viser dans ce cas là une autonomie moyenne de 30% (c’est à dire que la production solaire est utilisée pour couvrir 30% des consommations, et que le reste est couvert grâce au réseau traditionnel). De même pour l’eau, il est tout à fait possible de faire installer un système de filtration et une cuve de récupération. Là encore, l’autonomie sera partielle et réservée à certains usages : arroser le jardin, laver sa voiture etc.

Comment être totalement autonome en eau et en électricité ?

Que ce soit pour l’énergie ou pour l’eau est beaucoup plus complexe d’un point de vue technique ! L’autonomie totale en énergie est en effet difficilement atteignable, et requiert d’aménager son mode de vie de manière drastique. Il implique aussi un dimensionnement méticuleux du système de production d’électricité et des batteries de stockage.

Et quand à la question de l’autonomie en eau (qui semble sur le papier plus simple à résoudre), elle est en réalité tout aussi complexe, notamment pour des questions de réglementation. C’est notamment pour cette raison que chez Homaj, nous pensons qu’il est plus réaliste de viser une autonomie partielle, et d’être raccordé aux réseaux par sécurité, afin de minimiser le recours à un service extérieur tout en conservant un niveau de confort optimal.

Néanmoins, il arrive que certaines personnes souhaitent vivre dans une maison autosuffisante même si cette dernière est située dans une zone raccordée aux réseaux, que ce soit pour des raisons éthiques, écologiques ou financières. Quels sont les paramètres à prendre en compte avant d’adopter ce mode de vie ? Voici la marche à suivre et les questions à vous poser si vous voulez faire construire votre maison autonome !

Avoir une démarche minimaliste pour une habitation autonome et durable

La première étape pour espérer atteindre l’autonomie énergétique chez soi et d’avoir une maison sobre et minimaliste. En effet, avant de vouloir devenir autonome (que ce soit en eau ou en électricité), il faut avant tout limiter au maximum ses consommations.

Il ne faut donc pas penser que l’on va vivre dans une maison autosuffisante exactement de la même façon que dans une maison classique… Certains équipements tels que les jacuzzis et les piscines chauffées, très énergivores et consommatrices d’eau sont donc à proscrire. De même, le système de chauffage ne devra pas être basé sur des convecteurs électriques, mais privilégier plutôt un poêle à bois par exemple, ou encore une pompe à chaleur.

La sobriété en énergie passe aussi par la conception de la maison : une très bonne isolation, une optimisation de la surface et de l’emplacement des ouvertures, minimiser la surface de murs en contact avec l’extérieur, ce qui permet de limiter au maximum ses besoins en chauffage. On peut ainsi plus facilement envisager de se diriger vers l’autonomie énergétique quand on vit dans une maison passive.

Pour les consommations d’eau, opter pour des toilettes sèches peut être une bonne option, car les toilettes classiques consomment jusqu’à 30% de l’eau dans une maison… De même, installer une douche plutôt qu’une baignoire est plus économe et vous permettra de résister à la tentation de vous faire couler un bain !

Attention également aux appareils électroménagers : les appareils récents sont souvent très économes (identifiables grâce au label A+), mais ce n’est pas toujours le cas avec des appareils plus anciens ! Pour viser l’autonomie il est donc indispensable de lister toutes les sources de consommation d’énergie (et d’eau) du foyer et de ne garder que le strict minimum pour un confort de vie acceptable pour votre famille.

Mettre à profit les ressources offertes par la nature

L’environnement de la maison et les ressources naturelles doivent être également mises à profit afin de réaliser des sources d’eau ou d’énergie : le vent avec des éoliennes, les rayons du soleil avec des panneaux photovoltaïques et des baies vitrées bien orientées, la pluie grâce à un récupérateur d’eau, les plantes pour l’assainissement des eaux usées… Les possibilités sont multiples et peuvent s’adapter en fonction de l’orientation de la maison, de la taille du terrain, du climat et bien sûr de vos objectifs.

Le fait d’utiliser les ressources offertes par la nature pour minimiser ses consommations et rendre son habitation autosuffisante peut s’inscrire plus globalement dans une démarche bioclimatique, telle que nous l’avions présentée dans un précédent article.

Consommer au meilleur moment

Qui dit maison autonome dit optimisation des consommations dans le temps ! Pour espérer atteindre l’autonomie totale, il est effectivement nécessaire d’adapter sa consommation selon les heures de la journée, de la météo et des saisons.

Par exemple, si le système photovoltaïque produit énormément en plein mois d’août pendant la journée, le récupérateur d’eau de pluie aura plutôt tendance à se remplir au cœur de l’automne… Il faut donc bien anticiper et planifier les pics de consommation et de production, et faire en sorte qu’ils coïncident au maximum. Il faudra ainsi prévoir d’allumer ses appareils électroniques au moment de la journée où la production solaire est à son maximum, mais aussi attendre deux ou trois jours en cas de mauvais temps persistant… Cette organisation quotidienne n’est pas forcément simple à tenir sur le long terme, notamment pour une famille de plusieurs personnes.

Produire suffisamment

Afin de couvrir vos besoins en termes d’autoconsommation d’énergie, il va falloir que votre capacité de production soit en adéquation avec les besoins de votre foyer. Il ne faudra donc pas vous contenter d’installer quelques panneaux solaires, mais bien une toiture complète, avec la bonne inclinaison et la bonne orientation. Chez Homaj nous recommandons ainsi d’installer a minima 30 panneaux solaires (pour une puissance totale de 9 kWc) si vous souhaitez faire de votre maison un bâtiment partiellement autonome.

Pour l’eau, vous ne produisez pas directement, mais vous devez récupérer l’eau de pluie, avec une surface de toiture importante, des cuves de stockage bien dimensionnées, et vivre dans une région où la pluviométrie est suffisante. Même en respectant cela, il n’est pas garanti que les quantités d’eau récoltées soient suffisantes pour subvenir à vos besoins car elles peuvent varier grandement d’une année à l’autre, en particulier dans le contexte actuel de dérèglement climatique.

 

Stocker sa production

Afin de dépendre un peu moins de la météo, on peut avoir recours à des dispositifs de stockage (batteries pour l’électricité, cuve pour l’eau), car les pics de production et de consommation ne peuvent pas tout le temps coïncider. Cependant, même avec un système de stockage performant, il est difficile de lisser complètement la production sur une année à cause de différents freins techniques et financiers :

  • L’énergie ne se stocke pas dans la durée : impossible de se dire que la production solaire du printemps et de l’été pourra être stockée pour l’hiver !
  • Si la maison n’est pas raccordée au réseau, impossible de faire de la vente de surplus : toute l’énergie qui ne peut pas être consommée directement ou stockée sur batterie est définitivement perdue. Cela vous prive notamment des aides de l’état pour l’installation solaire, et d’un complément de revenus.
  • Si vous voulez stocker toute votre production, même en plein été, cela demande un nombre très (très) important de batterie : c’est techniquement possible, comme l’a prouvé récemment un suédois qui a réussi à rendre sa maison totalement autonome en énergie, grâce à un immense champ de panneaux photovoltaïques et une armée de batteries, mais cela représente un énorme coût financer et environnemental !

Pour l’eau, il est plus simple d’installer de très grandes cuves, mais il faut alors que les précipitations soient conséquentes et régulières. Il se pose aussi la question de la réglementation : comme expliqué de manière détaillée dans notre dossier sur la gestion de l’eau, il n’est pas possible d’utiliser l’eau de pluie dans toute sa maison en France (prendre sa douche ou cuisiner par exemple). L’eau de pluie est ainsi normalement réservée aux usages extérieurs (laver sa voiture, aroser son jardin) et aux toilettes et éventuellement à la machine à laver sur autorisation spéciale de la mairie, et avec des précautions particulières.

 

Prévoir un plan de secours

En France métropolitaine, étant donné les fortes variations de température, de pluviométrie et d’ensoleillement au cours de l’année, on peut connaître avec une bonne précision la production globale annuelle, mais pas la production au jour le jour ! En choisissant d’avoir une maison qui ne serait pas du tout reliée au réseau, vous prenez le risque de vous retrouver à court de courant ou d’eau !

La question se pose en particulier en hiver, où il n’est pas rare que les jours de mauvais temps s’enchaînent, ne permettant pas aux panneaux solaires de produire suffisamment d’énergie, quand bien même vous aurez votre toiture recouverte de panneaux.

De même dans certaines régionas méridionales, la pluviométrie est souvent limitée et il peut se passer plusieurs semaines sans aucune goutte d’eau en été. Il est donc très fortement conseillé d’avoir un plan de secours ! Si vous ne voulez pas du tout être raccordé au réseau électriques, les possibilités sont limitées : cuve de gaz, groupe électrogène… Ils ne sont pas les plus respectueux niveau environnemental, et ajoutent un coût supplémentaire au projet. Pour l’eau il n’existe pas d’alternative à part capter directement de l’eau dans une rivière, ce qui est soumis à des règlementations souvent contraingnantes.

 

Analyser ses (vraies) motivations

Il est important de bien vous demander pourquoi vous souhaitez opter pour une habitation autonome, et identifier vos motivations profondes pour ce projet : est-ce pour être moins dépendants des fournisseurs d’eau ou d’énergie ? Pour réduire votre impact sur l’environnement ? Ou pour garder un mode de vie confortable même en cas de grave crise climatique ? Pour faire des économies sur le long terme ?

Définir vos objectifs et la philosophie de votre projet vous permettra de définir vos priorités et d’établir vos choix de conception ou d’option en fonction. Il sera en effet très coûteux, voire parfois impossible, de concilier tous vos objectifs dans une seule maison.

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