Maison passive ou maison RE 2020 : laquelle choisir ?

Nous recevons de plus en plus de questions concernant les maisons passives. Le terme est très clairement dans l'air du temps, notamment à mesure que se rapproche l'entrée en vigueur de la RE 2020.

Mais le terme « maison passive » est parfois sujet à confusion, souvent réduit à l’idée qu’il s’agit d’une maison qui consomme très peu (voire pas du tout) de chauffage. La maison passive est donc bien souvent considérée comme la maison écologique par excellence.
 Voici l’occasion de faire le point à ce sujet, et d’étudier notamment ce qui différencie les maisons passives des maisons RE 2020 !

Quel est l’objectif d’une maison passive ?

Le label “maison passive” a été introduit en France en 2007, sous l’impulsion d’une association ayant pour but d’engager une transition énergétique dans la construction neuve et en rénovation. Il s’agit de la version française du label “Passiv Haus” qui a vu le jour en Allemagne au début des années 90. L’objectif lors de la création de cette certification était de réduire les besoins en chauffage de 90% par rapport aux habitations traditionnelles.

Quelle est la définition d’un maison passive ?

Il existe aujourd’hui en France 4 critères à respecter pour obtenir la certification “Maison Passive” sur une construction neuve :

  • Limiter la consommation d’énergie finale dédiée au chauffage
  • Soigner l’étanchéité à l’air de la maison
  • Porter une attention particulière au confort d’été
  • Limiter la consommation totale en énergie primaire

Comment chauffer une maison passive ?

L’objectif est que les maisons passives soient dépourvues de tout système de chauffage lorsque c’est possible, et qu’elles n’utilisent que les apports de chaleur issue du rayonnement solaire sur les vitres, des habitants de la maison et du fonctionnement de certains appareils électroménagers (four, plaques de cuisson etc). Les maisons passives doivent ainsi consommer moins de 15 kWh/m² par an pour le chauffage, le plus souvent avec une pompe à chaleur, certains poêles à bois,

Au delà de la questions du chauffage, la consommation d’énergie de la maison est surveillée de près dans une maison passive (électroménager inclus), alors que ces usages ne sont pas pris en compte dans la réglementation standard. La consommation d’énergie doit ainsi être inférieure à 120 kWh/m² par an. Si on soustrait la part dédiée qui sera dédiée au chauffage, il reste une quantité relativement importante d’énergie (plus de 105 kWh/m² par an) qui peut être consommée pour les autres usages. Il serait donc théoriquement possible d’installer des appareils relativement énergivore dans une maison passive, car ce critère est relativement peu contraignant.

Quelle isolation pour la maison passive ?

Afin de limiter au strict minimum la consommation de chauffage, mais aussi en climatisation l’été il est très important de porter une attention particulière à l’isolation, avec une épaisseur d’isolant supérieure à celle d’une maison neuve traditionnelle. Cela va également de pair avec une très bonne étanchéité à l’air et une attention toute particulière portée sur les ponts thermiques pour limiter au maximum les pertes de chaleur.

Même avec une isolation très performante, la température à l’intérieur de la maison peut ponctuellement aller au-delà de 25°C en été, mais tout doit être fait pour que cette température une fois le soleil couché sans avoir recours à une climatisation artificielle. Plusieurs dispositifs peuvent être utilisés (brise-soleil, volets à lames orientables, puits canadien, ventilation mécanique double flux etc), et les maisons passives jouent également sur l’inertie thermique des matériaux. Un mur ossature bois par exemple mettra moins de temps à chauffer mais aussi à refroidir qu’un mur en béton. Pour tout savoir à ce sujet, n’hésitez pas à consulter notre article de blog dédié à la question du confort d’été !

 

Comment réaliser une maison passive ?

Pour obtenir la labélisation “maison passive”, les listés ci-dessus critères doivent être respectés quel que soit le lieu de construction de la maison, son altitude et son orientation sur le terrain. C’est une différence importante par rapport à la RT 2012, qui prend en compte le climat du lieu d’implantation, et fait varier ses exigences (notamment en termes de consommation d’énergie) en fonction des différents paramètres propres à la région. Pour obtenir le label « Maison Passive » dans une région avec des hivers rigoureux ou pour une maison située en altitude, il faudra donc déployer des moyens techniques plus importants (fenêtres triple vitrage, augmenter l’isolation), ce qui entraînera un surcoût.

De même, le fait de faire construire une maison passive imposera des contraintes assez fortes sur la forme de la maison (qui doit être la plus compacte possible), son orientation, la taille des ouvertures, baies vitrées sur la façade sud, etc. La maison passive pourra donc avoir un style un peu « austère » et contraignant, où il ne sera donc pas forcément possible d’installer une baie vitrée côté nord pour profiter d’une jolie vue ou éviter le vis à vis direct avec la maison du voisin…

Quel est le prix d’une maison passive ?

Il existe des maisons passives à tous les prix, mais le plus souvent leur conception nécessite l’intervention d’un architecte, une quantité plus importante de matériaux de construction, notamment pour les isolants, et une grande rigueur d’exécution lors de la mise en œuvre sur le chantier. Une maison passive coûte donc de 15 à 20% plus cher en moyenne qu’une maison traditionnelle.

Pour mettre en balance ces coûts plus élevés, il est néanmoins important de souligner que les frais d’entretien et le coût de fonctionnement d’une maison passive sont beaucoup plus faibles que dans une maison traditionnelle : avec des factures d’énergie de quelques dizaines d’euros par an, alors que les dépenses d’énergie consacrées au chauffage et à la production d’eau chaude impactent de plus en plus le pouvoir d’achat des français, avoir un projet d’habitat passif peut sembler une alternative de plus en plus intéressante.

Si l’on calcule les économies réalisées, on se rend néanmoins rapidement compte que la rentabilité d’une maison ne se fera que sur plusieurs années, et sera le résultat d’une conception soignée et d’une mise en oeuvre rigoureuse.

Quelles sont les inconvénients des maisons passives ?

Outre le manque de flexibilité dans la forme et l’aménagement des maisons passives, principalement dû à leur architecture bioclimatique, la principale critique que l’on peut formuler à l’encontre des maisons passives est que la certification ne prend pas en compte des critères qui peuvent sembler tout aussi importants (voire plus !) que la consommation annuelle de chauffage :

  • Le type de matériaux utilisés : on associe souvent maison passive et maison en bois, notamment parce que le bois possède de très bonnes propriétés d’isolation, mais on peut tout à fait construire une maison passive en béton cellulaire ou en brique…
  • Les émissions de gaz à effet de serre : c’est la conséquence immédiate du point précédent. En l’absence d’exigence sur les matériaux utilisés ou leur provenance géographique, le bilan carbone peut vite exploser. Une maison passive peut être aussi polluante qu’une maison traditionnelle, notamment si elle a recours à des matériaux qui possèdent un bilan carbone moins favorable (béton, dérivés de l’acier, produits issus de la pétrochimie, isolants minéraux, bois étranger, etc).
  • La production l’énergie renouvelable : même si une maison passive peut assez facilement être transformée en bâtiment à énergie positive (BEPOS), ce n’est en aucun cas une obligation.

 

Bien entendu, les personnes intéressées par les maisons passives le sont souvent pour des motivations écologiques, et c’est dans cet état d’esprit que les bases du label ont été élaborées, mais certains constructeurs peuvent proposer des maisons passives sans prendre en compte ces critères, afin de tirer les prix vers le bas. En effet, le fait d’utiliser des matériaux écologiques et sains, d’origine français entraîne une augmentation du prix de l’ordre de 15 à 25% par rapport à une construction neuve « classique » RT 2012. En choisissant des matériaux tout aussi efficaces en termes d’isolation, mais de moins bonne qualité d’un point de vue environnemental, les constructeurs peuvent limiter le surcoût par rapport à une maison traditionnelle. Il en résulte le plus souvent un bilan écologique global diamétralement opposé au but initial recherché. Inversement, une maison RT2012, si elle est bien conçue et utilise des matériaux réellement écologiques, peut faire preuve d’un meilleur bilan carbone qu’une maison passive, même sur la durée.

 

Quelles différences entre une maison passive et une maison RE 2020 ?

La maison RE 2020, sur l’aspect énergétique s’inscrit dans la lignée de la RT 2012, qui avait fixé un seuil de consommation d’énergie primaire (Cep) moyen de 50 kWh/m² par an. La RE 2020 va exiger d’améliorer encore les performances thermiques, sauf que le Cep va perdre de son importance au profit du besoin bioclimatique (Bbio). Le besoin bioclimatique est calculé à partir des consommations d’énergie dédiées au chauffage, à la climatisation, à l’eau chaude et à l’éclairage. La RE 2020 est ambitieuse à son sujet : il a ainsi était déterminé que le Bbio d’une maison RE 2020 devra être inférieur de 30% à celui d’une maison RT 2012, tout en incluant des postes supplémentaires de consommation d’énergie dans le calcul.

Pour réaliser 30% d’économie sur la consommation d’énergie, les constructeurs ne pourront jouer en réalité que sur un poste : le chauffage. En effet, des ampoules très basse consommation (type LED) et des chauffe-eau ultra performants (chauffe-eau thermodynamiques) sont déjà devenus quasiment un standard dans les maisons RT 2012, et ces technologies n’ont pas réellement progressé depuis. Par ailleurs. Nous ne connaissons pas encore à l’heure actuelle avec précision comment se traduira cette exigence du Bbio sur la consommation maximale d’énergie primaire au mètre carré, mais tout laisse à pense que le seuil des 50 kWh/m²/an va également être abaissé.

Pour atteindre cet objectif, le recours à des formes de chauffage offrant un bon rendement entre énergie primaire (énergie consommée par la centrale électrique ou la chaudière) et énergie finale (énergie consommée dans la maison) va être privilégie. C’est le cas par exemple des pompes à chaleur, mais aussi des poêles à granulés. A contrario, les convecteurs électriques, aussi performants soient-ils, ne permettront pas d’atteindre les 15 kWh/m² d’énergie primaire consommée par an, notamment à cause du coefficient entre énergie primaire et énergie finale attribué à l’électricité qui est fixé à 2,58 actuellement (et sera abaissé à 2,3 avec l’arrivée de la RE 2020). Ainsi, pour rester sous la barre des 15 kWh/m², il faudrait qu’une maison de 100 m² RE 2020 chauffée avec des convecteurs électriques consomme moins de 15 * 100 / 2,58 = 581 kWh à l’année pour son chauffage, ce qui est vraiment très peu même pour une maison très bien isolée. Dans les faits, une maison RE 2020 consommera donc sensiblement la même quantité d’énergie qu’une maison passive, en ajoutant en plus une exigence forte sur la partie environnementale.

Faisons le bilan

Si l’on doit essayer de comparer le plus objectivement possible maison passive et maison RE 2020, on peut dire que si la maison passive était en avance sur son temps en 2007, et que le label avait su se saisir très tôt des enjeux liés à la réduction des consommations d’énergie, alors que la RT 2012 n’était pas encore sortie et que la RT 2005 montrait des ambitions faiblardes. Cependant, depuis quelques années les exigences du label n’ont pas réellement évolué, et ce qui était novateur en 2007 devient à présent la norme avec l’arrivée de la RE 2020, voire un peu moins bien puisque le label maison passive omet totalement l’aspect carbone.

Par ailleurs, on peut s’interroger sur le paradoxe qui existe autour du label : en se montrant très exigeant sur les consommations d’énergie liées au chauffage, y compris dans les régions plutôt froides, il pousse à aller économiser quelques kWh « à la marge » et à déployer des dispositifs parfois coûteux à la fois d’un point de vue financier, mais aussi en terme environnemental. A quoi bon investir des milliers d’euros supplémentaires pour économiser quelques kWh supplémentaires par an, et espérer un retour sur investissement sur 20 ou 25 ans ? Qui plus est, mettre plus d’isolants ou un triple vitrage revient à alourdir la « facture environnementale » de la maison, dans le but de consommer moins d’électricité sur le long terme, énergie qui est déjà peu carbonée et qui a de plus tendance à se « verdir » au fil du temps… Tout est donc encore une fois une question d’équilibre : il est important d’envisager la construction dans sa globalité, et de s’interroger sur ses motivations, afin de faire le meilleur choix.

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